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WANEP: BULLETIN MENSUEL- BURKINA FASO SEPTEMBRE 2018

A travers son Système National d’Alerte Précoce communément appelé NEWS, le Réseau Ouest Africain pour l’Edification de la Paix (WANEP-BURKINA FASO), élabore et diffuse à la fin de chaque mois un bulletin mensuel sur la sécurité humaine afin d’informer les différents acteurs et/ou partenaires et formuler des recommandations à l’endroit des différents décideurs pour une approche de solution aux alertes données. Ce monitoring mensuel est basé sur des informations collectées sur le terrain par les moniteurs de WANEPBURKINA FASO mais également du monitoring des différents médias tant nationaux qu’internationaux.

NEWS1 :
I- INTRODUCTION
Le système national d’alerte précoce de WANEP-Burkina Faso a relevé durant la période du 26 Août au 25 Septembre 2018, différents incidents sur la sécurité humaine au Burkina-Faso qui font ressortir au plan sécuritaire, vingt un (21) attaques terroristes dans les régions de l’est, du sudouest, du nord et du sahel; au plan politique, de vifs débats sur la marche de l’opposition politique prévue pour le 29 septembre 2018 ; au plan social, quelques manifestations pacifiques et violentes, une montée du phénomène de l’excision dans certaines provinces et enfin quelques autres incidents qui ont retenu notre attention. La lecture de ces différents incidents, nous a conduit à proposer quelques recommandations afin de contribuer à la mitigation des menaces, voire leur éradication et accroître la résilience des populations.
II- Crimes et extrémisme violent
Au cours de ce mois, l’actualité sécuritaire fait observer une multiplication des attaques terroristes dans plusieurs parties du pays mais également des actes de grand banditisme. Ainsi, l’on a enregistré vingt un (21) attaques terroristes réparties comme suit : quatorze (14) dans la région de l’Est notamment dans les provinces de la Kompienga et de la Komandjari, cinq (05) attaques dans la région du sahel précisément dans la province du soum, une attaque (01) dans la région du nord et une attaque (01) dans la région du sud-ouest. Au total, ces attaques ont fait vingt-cinq (25) morts, quatorze (14) blessés, cinq (05) personnes enlevées et de nombreux dégâts matériels. Les attaques qui ont fait plus de victimes sont, celle du 28 Août 2018 où une équipe des Forces de Défense et de Sécurité (FDS), allant pour un renfort suite à une attaque qui était en cours à Pama, a sauté sur un engin explosif improvisé posé par des individus non identifiés et dont le bilan officiel était de sept (07) FDS décédés et de six (06) blessés. La seconde fut celle de la double attaque du 15 septembre 2018 dans deux villages de la province de la Kompienga au cours desquelles des individus armés non identifiés, circulant à motos, ont attaqué, le village de Kompienbiga avec un bilan de 03 morts et le village de Diabiga avec un bilan de 06 morts dont un leader religieux et 02 blessés. Cette situation très préoccupante a amené le premier ministre à faire le point de la situation sécuritaire devant l’Assemblée Nationale. De ce point, il ressort que du mois d’avril 2015 au 15 septembre 2018, les attaques terroristes ont causé 118 morts, soit 48 éléments des forces de défense et de sécurité (42 militaires et 06 paramilitaires) et 70 civils. L’année 2018 a jusqu’alors enregistré 69 morts. Ces attaques qui étaient au départ limité au septentrion burkinabè s’est progressivement étendue à d’autres régions du pays, singulièrement à l’Est, dans la zone forestière que se partagent le Burkina-Faso, le Bénin et le Togo.
Les actes terroristes enregistrés ciblent principalement les symboles de l’État, les institutions, les représentants des forces de défense et de sécurité ; les agents des douanes, des eaux et forêts, de la police nationale ; les écoles, les bureaux de l’administration déconcentrée… Ces actions ont pour conséquences la perturbation des activités socio-économiques et éducatives, installant ainsi la psychose au sein des populations et des administrations locales. Pour le Premier ministre burkinabè, Paul Kaba Thièba, « Toutes ces attaques visent à saper le moral des forces de défense et de sécurité, à saper l’unité nationale et la cohésion des Burkinabè et à affaiblir les institutions démocratiques à des fins inavouées » et « au vu de ces faits et de l’évolution des modes opératoires sophistiqués, nous devons avoir la lucidité de reconnaître que notre pays est victime d’une tentative de déstabilisation ».
A la suite de cette situation sécuritaire, en terme de réponses, on a observé des frappes aériennes et des ratissages contre des bases terroristes à Pama et à Gayeri (Est), selon des communiqués faites par l’armée tandis qu’au niveau du Sahel, une trentaine de terroristes ont été abattus le 24 septembre 2018 à Pétegoli, par les FDS en ratissage dans la zone. De même, les autorités de la région de l’Est ont pris depuis le mardi 18 septembre 2018 des mesures interdisant la circulation aux usagers à deux roues ou en tricycle, entre 19 h et 5 h.
Entre autres incidents, on note le grand banditisme qui a refait surface dans la province de la Sissili, lorsque six hommes armés et non identifiés sur trois motos ont attaqué le 21 septembre 2018 aux environs de 10h, la caisse des producteurs du Burkina (CPB) de Boura, avec un bilan d’un mort et d’une forte somme emportée.
III- Démocratie et bonne gouvernance
Au niveau politique, on a noté la naissance d’un nouveau parti politique durant ce mois. Il s’agit de l’Union pour la république et la démocratie (URD) qui a animé le 11 septembre 2018 une conférence de presse pour présenter son parti social-démocrate dirigé par Albert Elisée Kiemdé, un exclu de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC). Aussi, le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP, parti au pouvoir) a effectué du 15 au 27 septembre 2018, sa rentrée politique 2018 autour du thème « Surmonter le défi sécuritaire et réussir la mise en œuvre du PNDES dans l’unité et la discipline ». L’autre fait marquant du mois, reste les interrogatoires des accusés du procès du putsch manqué du 16 septembre 2015, devant le tribunal militaire. Dans leur majorité, ces accusés plaident non coupable des faits à eux reprochés. Enfin, le climat politique reste délétère et suscite de vifs débats des citoyens, suite à l’annonce d’une marche meeting de l’opposition politique qui s’est déroulée le 29 septembre 2018 pour dénoncer la gouvernance du régime au pouvoir.
Au plan social, deux manifestations violentes ont été enregistrés. Il s’agit d’une vindicte populaire survenue le 11 septembre 2018, au sein du commissariat de police de Pama, où, un présumé assassin qui aurait abattu à bout portant un paysan dans un hameau de culture a été lynché, malgré l’opposition des policiers. A cela s’ajoute, les affrontements entre groupes d’autodéfenses Koglwéogo et Dozo qui ont eu lieu dans la soirée du 12 septembre 2018 au niveau du village de Kouéredougou dans la commune rurale de Karangasso Vigué (province du Houet), où l’on a déploré trois (03) morts et une dizaine de blessés. Ces affrontements seraient nés de la volonté du chef de canton de Karangasso Vigué de démanteler le quartier général des Koglwéogo à Kouéredougou. Si le premier incident repose le problème du mécontentement des populations face à la justice en général, le second incident relance le débat sur l’existence des groupes d’autodéfense au Burkina Faso et leur cohabitation avec les différentes communautés, ou certaines les voient comme des rivales.
Dans la même logique, on note que les spéculations et spoliations foncières dans la région de la Boucle du Mouhoun créent de plus en plus des tensions sociales et menacent la cohésion sociale entre populations. Ainsi, sentant un risque sérieux d’affrontement, une manifestation pacifique des populations de la ville de Dédougou et environnants, a été organisée le 22 septembre 201 à l’issue de laquelle un message de protestation a été transmis au Haut-commissaire du Mouhoun. Dans ce message, les populations condamnent les propos et pratiques qualifiées d’ethnicistes, xénophobes et régionalistes qui seraient savamment organisés et entretenus par certains hommes politiques et certains chefs traditionnels.
Autres états des lieux faits par les autorités sanitaires révèlent que l’on a dénombré déjà pour l’année 2018, plus de 05 millions de cas de paludisme, dont plus de 250 000 cas graves, avec plus de 1 700 décès. Aussi, plusieurs cas de mutilations génitales féminines ont retenu l’attention au cours de ce mois. Il s’agit de 10 filles excisées à Santena dans la province du Sanmatenga, d’une (01) fille excisée à Gomponsom dans le Passoré, de 41 filles excisées à Toudbwéogo dans le Kadiogo et 03 autres à Comin-yanga dans le Koulpéogo. A travers, ces constats on perçoit bien la résistance de certaines populations à abandonner cette pratique malgré les campagnes de sensibilisation et les sanctions.

https://netafrique.net/dedougou-des-populations-marchent-pour-prevenir-des-risquesdaffrontement/ Consulté le 23 septembre 2018
IV. Environnement
L’actualité des incidents au plan environnemental, fait ressortir les conséquences des inondations sur certaines parties du pays. Ainsi, une inondation a causé dans la nuit du 28 au 29 août 2018 à Kongoussi entre 500 et 600 sinistrés. Une autre forte pluie d’environ 70mm a causé une inondation à Deou (75Km de Gorom-Gorom) le 10 Septembre 2018, occasionnant de nombreux dégâts matériels notamment au niveau du site abritant les réfugiés maliens qui ont vu leurs animaux (chèvres et moutons) emportés par les eaux.
V. Recommandations
Aux populations :
 S’imprégner des sujets politiques et participer aux débats (conférences, médias traditionnels et réseaux sociaux) afin de contribuer au renforcement de la démocratie, de la paix et des intérêts communs, évitant ainsi de tomber sous la manipulation des acteurs politiques.  Eviter les zones inondables, prendre des précautions lors des grandes pluies surtout vis à-vis des enfants  Privilégier le dialogue et la communication entre les agriculteurs et les éleveurs dans les villages et campagnes reculés pendant cette saison pluvieuse afin de réduire les conflits.  Collaborer avec les Forces de Défense et de Sécurité pour faciliter l’alerte contre les menaces sécuritaires,  Renforcer la vigilance, adopter une culture d’alerte et intégrer les questions sécuritaires dans les comportements quotidiens surtout lors des grands rassemblements, les lieux de cultes, de marchés, les hôtels, les restaurants- bars, etc,
Aux différentes entités de la société et au Gouvernement :
 Renforcer le dialogue social avec les acteurs sociaux afin de trouver des compromis face aux revendications et faire aboutir le processus des réformes du système des rémunérations des agents publics,  Renforcer davantage le dialogue politique entre la majorité et l’opposition politique afin de trouver des consensus sur les questions d’intérêts communs,
 Œuvrer au sein des municipalités pour la cohésion sociale et le développement dans l’unité d’une part, d’autre part pour le curage des caniveaux afin de réduire les effets des inondations,  Sensibiliser les communautés locales et les impliquer dans le monitoring et la prévention de l’extrémisme violent par la mise en place de mécanisme d’alerte communautaire impliquant les femmes, les leaders communautaires et les jeunes à travers des formations sur les indicateurs du phénomène pour l’observation et le suivi régulier,  Renforcer les initiatives de collaboration civilo-militaires par la sensibilisation dans la lutte contre l’extrémisme violent au sein des communautés notamment dans le renseignement,  Intensifier la sensibilisation des populations pour une prise de conscience sur des effets néfastes des Mutilations Génitales Féminines surtout pendant la période des vacances scolaires et en impliquant les leaders coutumiers.
Au Gouvernement :
 Renforcer le contrôle sur les axes routiers sur toute l’étendue du territoire,  Renforcer la protection des sites stratégiques du pays (l’aéroport, les institutions, les sites de production et de distribution d’eau, d’électricité, etc),  Mettre en place des programmes de développement local par la fixation des jeunes dans leurs terroirs en leur offrant des opportunités d’emplois,  Renforcer les moyens et mesures d’assistance sociale aux populations déplacées et celles touchées par les inondations,  Mettre en place un programme de réinsertion et de socialisation des jeunes terroristes, radicalisés qui acceptent déserter les rangs des groupes terroristes, cela avec l’implication de leurs parents,  Œuvrer dans le long terme pour une insertion sociale et économique des enfants et des femmes en situation de rue retirés par le ministère de la Femme, de la Solidarité nationale et de la Famille.
Au plan sous régional :
 Pour l’arrestation des présumés terroristes figurant sur la liste du ministère de la sécurité, il est nécessaire de coordonner des opérations entre les FDS du Mali, du Niger, du Benin, du Togo et du Burkina Faso aux frontières communes,  Œuvrer pour le renforcement de la collaboration entre les différentes Forces de Défense et de Sécurité des Etats de la Région Ouest-Africaine,  Doter la force G5- Sahel des moyens humains, financiers et logistiques conséquents pour contrer les attaques terroristes,
 Impliquer les organisations de la société civile dans la sensibilisation des populations pour une bonne collaboration avec les forces de l’ordre dans les pays du G5-Sahel mais également dans la prévention des conflits.
Conclusion
Au cours de ce mois de septembre, les attaques terroristes dans les différentes régions notamment à l’est et dans le Sahel, les manifestations violentes entre groupes d’autodéfense, quelques manifestations pacifiques, les cas de mutilations génitales féminines dans certaines provinces ainsi que les inondations enregistrés avec leurs lots de victimes et de dégâts matériels ont constitué les incidents majeurs sur la sécurité humaine au Burkina Faso. Ainsi, pour faire face à ces différents défis, il importe la conjugaison des efforts individuels et collectifs des populations, des différentes entités de la société, du gouvernement et des partenaires au développement.

National Early Warning System-BURKINA FASO

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